Fiche biographique

Charrière [-Saussure de Bavois], Angélique de (1732 - 1817)

Naissance
06.1732 à Lausanne
Décès
01.02.1817 à Lausanne
Confession
Protestant
Lieu d'origine
Nationalité
Suisse (VD)
Etat civil

Angélique Françoise Louise, baptisée le 6 juillet 1732. Fille de Georges de Saussure (1704-1783) et de Jeanne de Loys (1701-1767). Sœur de Jean Louis (1729-1772) et d’Hélène Susanne (1741-1766).
Épouse le 12 décembre 1774 à Saint-Sulpice Henri de Charrière (1715-1792), major puis général au service du Piémont. Sans enfant.

Biographie

Née dans une famille de la noblesse lausannoise, B. est très affectée par les écarts de conduite de son père, officier au service étranger. Condamné à plusieurs reprises par la justice et responsable de la dilapidation d’une grande partie de la fortune familiale (dont la perte des terres de Bavois-Dessus et Bavois-Dessous), celui-ci est banni du territoire bernois en 1744 pour avoir acheté un régiment proscrit au service du duc de Modène, puis banni à nouveau en 1757 après l’abandon d’un nouveau-né illégitime.

B. passe l’essentiel de sa jeunesse auprès de la famille de son oncle paternel David de Saussure de Bercher (1697-1765), où elle se forme aux usages de la sociabilité en compagnie de sa cousine Louise (1726-1796), future Polier de Corcelles. Après la mort du baron de Bercher, elle s’installera chez son oncle maternel, Paul de Loys de Villardin (1705-1784), veuf et sans enfant. 

Figure marquante de la vie sociale et culturelle lausannoise de la seconde moitié du XVIIIe siècle, B. participe dès les années 1750 aux représentations théâtrales privées données par les Saussure de Bercher et se charge de l’organisation de fêtes. Dès les années 1770, elle prend part aux diverses assemblées qui se tiennent dans les salons du quartier de Bourg. En 1770, elle fait la connaissance de Michel Servan (1737-1807), avocat grenoblois renommé, avec qui elle entretient une longue relation amicale dont témoigne la correspondance.

En 1774, à l'âge de 42 ans, B. épouse Henri de Charrière, un officier de dix-sept ans son aîné et sans fortune conséquente. Si ce mariage ne correspond pas à celui auquel elle aurait pu aspirer avant la dilapidation de la fortune familiale par son père, la correspondance privée laisse entrevoir un attachement sincère entre les époux. B. dispose notamment d’une certaine autonomie. Propriétaire d’une maison à la rue de Bourg, le couple Charrière possède également deux maisons dans la campagne lausannoise : le Petit Bien et la Chaumière.

B. fonde durant l’hiver 1780-1781 sa propre assemblée, la « Société du Samedi », bien connue grâce au témoignage du doyen Philippe-Sirice Bridel, l’un de ses membres, qui l’évoque dans ses « Souvenirs de mon séjour à Lausanne » (Le Conservateur suisse, ou Recueil complet des étrennes helvétiennes, n° 7, 1815). Ces réunions, rythmées par des repas, des jeux littéraires, de la musique ou encore des spectacles, sont fréquentées par l’élite locale et étrangère. Elles se tiennent à la rue de Bourg ou dans l’une des maisons de campagne du couple. Parmi les participants, figurent Georges Deyverdun, Michel Servan, l’abbé Raynal, Edward Gibbon, Catherine de Charrière de Sévery ou encore la chanoinesse Élisabeth Polier. La Société du Samedi accorde une place centrale aux belles-lettres, qu’il s’agisse de la lecture d’ouvrages récents ou de la composition de textes littéraires. En encourageant ces pratiques, B. a contribué à la carrière de plumes confirmées ou en devenir, à l'exemple de Samuel Constant et d'Isabelle de Montolieu.

Alors que le couple reste sans enfant, B. prend en charge plusieurs jeunes gens de son entourage et joue un rôle actif dans leur éducation, notamment auprès de sa nièce Alexandrine de Saussure de Saint-Cierges (1766-1790) et les frères Reynier, Louis (1762-1824) et Ebénezer (1771-1814). Elle les introduit dans la sociabilité de la noblesse lausannoise, les fait participer à des représentations théâtrales ou encore les initie à la botanique. Depuis les années 1760, elle prodigue des conseils à son cousin Samuel Constant (1729-1800) sur l’éducation à donner à sa fille aînée Rosalie (1758-1834). B. restera d'ailleurs très proche des enfants Constant, en particulier après le décès de leur mère en 1766. Au début du XIXe siècle, elle suit avec intérêt les travaux du pédagogue Philippe-Emmanuel de Fellenberg, avec lequel elle entretient une correspondance, se préoccupant du succès de ses instituts à Hofwil (BE).

Devenue veuve en 1792, B. accueille chez elle sa nièce Rosalie Constant dès 1796. Malgré des difficultés financières et une santé déclinante, elle demeure relativement active durant encore plusieurs années. Elle meurt à Lausanne en 1817 à l’âge de 85 ans.

(notice de Natacha Monnet, 29.03.2026)

Commentaires sur son oeuvre/ses écrits
Fonctions publiques et privées
Sociétés et académies
Relations et contacts

Fonds d'archives

Archives cantonales vaudoises (ACV), Ba 14/7-9, 16/6 (mandats souverains) ; Bg 13 bis/6, 10 (testaments homologués) ; Bh 15/2 (registres des causes criminelles) ; Bi 5 bis/4 (Consistoire de Lausanne) ; P Charrière de Crausaz, Ba 18-138 (correspondance avec Henri de Charrière et Marie-Clotilde, princesse du Piémont) ; P Charrière de Sévery, Ci 11-14 (journal de Catherine de Charrière de Sévery) ; P Loys 1685 (copie du testament de B.) ; P René Monod 2, 7, 78-79, 118, 137 (« mémorial universel » de Jean-Henri Polier de Vernand).

Archives de la Ville de Lausanne (AVL), E 288 ; D 521 ; P 224, fonds Grenier.

Archives de la Ville d’Yverdon-les-Bains (AVY), Y24 (copie du journal de Jean-Georges Pillichody).

Bibliothèque de Genève (BGE), Ms. Constant 18/1 (lettres de Rosalie Constant à son frère Charles) ; Ms. Constant 19 (lettres de B. à Charles Constant) ; Ms. Constant 33/2 (lettre de Claude Pelet de Salgas à B.) ; Ms. Constant 38 (lettres de Michel Servan à B.) ; Ms. Constant 39-43 (divers correspondants à B.) ; Ms. suppl. 1485 (journal de l’enfance de Victor Constant, par Rosalie Constant) ; Ms. suppl. 1487-1488 (« Cahiers verts » de Rosalie Constant).

Bibliothèque de la bourgeoisie de Berne (BBB), FA von Fellenberg 167.13.

Ecrits non publiés
Littérature primaire
Littérature secondaire