, Lettre à Isaac van Schinne, Rances, 07 mai 1764
Monsieur
Quoiqu’aucun de mes parents de La Haye ne me fassent l’honneur de
m’écrire, mon attachement pour mes frères et sœurs ne m’a pas
permis de rester sans recevoir de leurs nouvelles . Plût à Dieu
qu’on n’eût pas eu à m’apprendre celle qui me plonge aujourd’hui
dans la tristesse. J’ai senti avec une vive amertume la perte que
fait toute la famille par la mort du digne Monsieur Patras,
toujours objet de mon estime et de mon attachement, et je ne
saurais m’empêcher de vous en faire mes condoléances. Bien qu’on
n’ait pas daigné me donner connaissance de cet événement qui
devait m’intéresser infiniment, je me croirais effectivement
méprisable si je ne partageais avec vous la juste douleur qu’a
dû vous causer cette mort, événement si propre à nous faire
rentrer en nous-même et à réveiller les sentiments d’amitié qui
ne devraient jamais s’effacer dans nos cœurs envers ceux de nos
proches, et qui jamais ne s’effaceront du mien pour aucun de vous.
<1v> La décision favorable du procès , dont je vous fais mon compliment,
fera sans doute penser aux deux parties de faire un accommodement. Pour
cet effet nous avons déjà envoyé un acte de plein pouvoir à Mr
Heeneman, qui a bien voulu se charger de nos affaires, pour y travailler
conjointement avec la famille, comptant bien que ce sera une affaire
qui se traitera conjointement pour tous ceux qui y ont part. Si vous
voulez, Monsieur, me donner un petit mot de réponse et m’apprendre
l’état de votre santé, de celle de Madame votre épouse et de vos chers
enfants, vous m’obligerez infiniment. Sinon vous me ferez savoir,
s’il vous plaît, jusqu’à quel temps vous êtes d’intention de bouder
encore, afin que je sache à quoi m’en tenir. Je prie ma sœur
d’agréer mes honneurs et je suis,
Monsieur
Votre très humble et très
obéissante servante
E. H. Mingard née Van Schinne
Rances, ce 7 mai 1764.